Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

 

 

"Il ne s'agit pas tant de faire lire le lecteur que de le faire penser", Montesquieu

Recherche

Sur Le Net

 

Bagdad Mai 2002

/ / /
Libération 10/12/2005

Le Caarme se veut la mémoire des mouvements étudiants.

DAVIDENKOFF Emmanuel

Il en convient, Jean-Philippe Legois : la création du Centre d'animation, d'archives et de recherches sur les mouvements étudiants (Caarme), prévue en 2007 à Reims, relève avant tout d'un (heureux) concours de circonstances. Historien de formation, archiviste pendant dix ans, désormais chargé de la «mission Caarme», il décrit une alchimie qui a pris, au hasard de la rencontre entre deux volontés. D'un côté, une association de chercheurs créée en 1995, le Germe (Groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants) cherchait un point de chute pour s'ancrer à une institution. De l'autre, la politique étudiante de la municipalité est animée par l'adjoint à la vie étudiante, Cédric Chevalier, et son chargé de mission, Karim Lakjaa, qui sont tous deux d'anciens animateurs de mouvements étudiants ­ la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) pour le premier, l'Unef pour le second. Largement de quoi asseoir une légitimité future, notamment grâce au soutien de l'université et de son président (Gérard Mary). Objectif : doter le monde étudiant d'une mémoire et d'une histoire.

Traces. L'amnésie remonte du milieu des années 1960. L'omnipotente Union nationale des étudiants de France (Unef), créée après guerre, scissionne sur les «événements» algériens, et l'Etat lui coupe en partie ses vivres. Exit les dactylographes qui consignaient les envolées des uns et des autres lors des congrès : les traces des mouvements étudiants devront composer avec le manque de moyens. Pourtant, le monde étudiant est alors à l'avant-garde des mouvements qui parcourent la France des Trente Glorieuses : émergence du «gauchisme», explosion de mai 1968, unions et désunions de la gauche, etc. Il sera également présent dans les recompositions des années 80, de la création de SOS Racisme par la galaxie ex-lambertiste, qui tient alors l'Unef-ID à la contribution à la renaissance mitterrandienne. Il accompagne aussi la montée de la dépolitisation en se restructurant autour de fédérations plus tournées vers le corporatisme, l'humanitaire ou le culturel (avec la Fage puis Anima Fac). La montée de la contestation «alter» se manifeste aussi via l'opposition au modèle d'harmonisation européenne des diplômes. Sans parler de ce qui touche à l'articulation entre identités «jeune» et «étudiante», à la coupure entre «deux jeunesses» (cf. les commentaires et polémiques sur les incidents violents qui ont marqué le mouvement lycéen du printemps dernier) ou l'éternelle question de l'instrumentalisation des mouvements de jeunesse par les partis politiques.

Reconnaissance. Aujourd'hui, analyser l'intrication des mouvements étudiants et des mouvements politiques, ou sociaux «adultes», commence par un travail de constitution d'archives éreintant ; hormis un fonds versé par l'Unef à la bibliothèque de l'université de Nanterre (BDIC), aucun centre de recherche n'a entrepris de réunir tracts, motions, publications, discours... Même les résultats des élections finissent par se noyer dans les archives des universités. «Les associations ont du mal à structurer une mémoire, explique Jean-Philippe Legois. Leurs responsables changent tous les deux ou trois ans, et leur fragilité financière ne les incite pas à investir dans ce travail ­ beaucoup trouvent des subsides projet par projet, ce qui ne favorise pas les logiques de moyen et long terme.»

Le Caarme ne prétend pas combler ce vide du jour au lendemain. Mais le projet qu'il dessine pourrait faire éclater un champ de recherches jusque-là étique, compenser, selon Jean-Philippe Legois, «l'absence de reconnaissance institutionnelle du fait associatif, y compris par les universités et le ministère de l'Education nationale», mais aussi offrir un lieu vivant à l'écriture de la suite de l'histoire. Le Caarme sera installé dans la future Maison de l'étudiant. Cette dernière, qu'abritera l'ancienne caserne de pompiers située près de la Cathédrale, veut contribuer «à développer la vie culturelle non seulement pour les étudiants, non seulement par ceux-ci, mais également à partir de leurs expériences, dans tous les domaines (patrimoine, lecture, théâtre, radio, journaux...) et sous toutes les formes (conférences-débats, projections, festivals, lectures...)». Elle proposera, outre la sauvegarde des archives étudiantes et universitaires, expos et animations afin de valoriser le fonds en cours de constitution. Message personnel de Jean-Philippe Legois : «Si vous avez des archives, ne les jetez pas !»

(1) http://www.caarme.fr

 

http://www.liberation.fr/villes/0101550642-archiver-les-tracts