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"Il ne s'agit pas tant de faire lire le lecteur que de le faire penser", Montesquieu

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Bagdad Mai 2002

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L’Irak d’aujourd’hui, à l’aune de ses universités
 
  
Lundi 26 novembre 2007, le Service d’Analyse et de Prévention (SAP) de l’Office Fédéral de la Police (OFP) suisse activait le plan OSIRIS destiné à parer à une catastrophe. Cette activation faisait suite à une menace d’attentat contre le Palais des Nations Unies à Genève, à l’aide d’un aéronef ! L’alerte émanait, le matin même, des Etats-Unis[1].
C’est dans ce contexte de tensions leur rappelant leur terrible quotidien, qu’une vingtaine d’universitaires et d’officiels irakiens (dont le Vice-Ministre en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche) étaient accueillis à l’occasion d’un séminaire sur la reconstruction des universités irakiennes (SEGUI[2]). A leurs cotés étaient présents, une quarantaine de chercheurs, d’experts, de diplomates, de fonctionnaires internationaux, de journalistes et de responsables humanitaires, venus d’Allemagne, de Belgique, de Côte d’Ivoire, de France, d’Italie, de Jordanie, du Maroc, des Pays-Bas et de Suisse. Tous étaient les invités du Geneva International Peace Research Institute (GIPRI[3]), co-organisateur avec le bureau de l’UNESCO à Amman de cette initiative soutenue financièrement  par la République et le Canton de Genève, ainsi que par le Ministère des affaires étrangères français.
En 2006, le GIPRI, qui se définit comme « un Peace builder » (constructeur de la Paix), organisant « des conférences sur des thèmes critiques afin de tenter d’apporter des réponses aux grands problèmes de la Paix », avait déjà initié la constitution du Réseau International de Solidarité avec les chercheurs Irakiens pour la Paix et les Recherches Interdisciplinaires (RISIPRI[4]).
Poursuivant sur cette lancée, il s’agit, une année plus tard, d’approfondir et de renforcer le processus engagé. Pour ce faire, le GIPRI, dans le cadre du RISIPRI, est le maître d’œuvre d’un ambitieux programme de recherche intitulé BABYLONE, sur « l’impact des crises internationales sur l’enseignement supérieur en Irak et la place de l’université dans la reconstruction de la société irakienne ».  L’enseignement supérieur est ainsi considéré comme un moyen structurel de prévention et de résolution des conflits, contribuant à la fondation de sociétés pacifiées et pacifiques. BABYLONE s’articule autour de trois axes : 1) la constitution d’une vaste ressource documentaire sur les universités irakiennes 2) la production de données statistiques 3) le recueil de matériel humain (entretiens avec des universitaires irakiens). L’objectif proclamé est de contribuer à la préservation et au développement du capital social et cognitif de l’Irak.
Si le SEminaire Genevois sur les Universités Irakiennes (SEGUI) visait à « lancer » le projet BABYLONE, il a constitué également un moment privilégié de « diplomatie discrète » à l’abris du Palais des Nations. Le choix de la Suisse n’est d’ailleurs pas fortuit. La Confédération helvétique est restée neutre jusqu’à présent dans le conflit irakien. A Genève, la diplomatie française et son homologue allemande présente, mais pour ainsi dire cachée dans l’ombre hexagonale, ont pu œuvrer en toute tranquillité où presque. En effet, certains ont tenté d’user de tout leur pouvoir pour multiplier les obstacles.  La veille du SEGUI, le GIPRI, qui a prévu la publication des actes du séminaire et un film documentaire rassemblant les témoignages des universitaires irakiens présents, se voyait signifier une interdiction totale de filmer et de photographier dans l’enceinte du Palais des Nations. Toutefois, cette prohibition affirmée par une armée bureaucratique de juristes ne résista pas à l’épreuve de la réalité…
Au delà de ses aspects accessoires mais non moins « symboliquement significatifs », le SEGUI a été organisé en deux temps. Premièrement, ont eu lieu des interventions thématiques : par exemple sur « le niveau de développement humain dans les universités irakiennes », « la condition d’universitaire dans l’Irak d’aujourd’hui », « l’immigration des étudiants et universitaires irakiens au Kurdistan », etc. Deuxièmement, ont été réunis, parallèlement, 5 groupes disciplinaires s’interrogeant sur l’état de l’enseignement supérieur dans les disciplines considérées, sur l’évaluation des effets de l’embargo et des guerres et sur les perspectives immédiates et à long terme : GD1 (Sciences exactes et naturelles – Santé), GD2 (Sciences humaines et sociales), GD3 (Architecture, urbanisme, environnement géographie et archéologie), GD4 (Ingénierie, pétrochimie, mécanique, BTP, NTIC) et GD5 (genre[5]).
De cet ensemble de réflexions, plusieurs idées ont été dégagées quant la situation globale de l’Irak, la dégradation de l’enseignement supérieur irakien, la violence dans les universités, l’exil forcé de milliers d’universitaires et d’étudiants irakiens, le rôle et la place de la Communauté Internationale en Irak aux cotés notamment des universitaires.
 
 
 
 
L’Irak, source d’insécurité régionale et d’instabilité mondiale
 
Introduisant le SEGUI, Gabriel Galice, Directeur du GIPRI notait que « l’insécurité régionale est source d’instabilité mondiale ». Il ajoutait qu’il est important de « respecter la loi internationale et le droit des peuples à disposer d’eux-même », affichant sa volonté de « travailler à une paix positive ».
Dans la foulée, et ce fût l’un des apports les moins négligeables de cette initiative, la diplomatie française, précisait sa position, par le biais de Christophe Guilhou, représentant permanent adjoint de la mission de la France auprès des Nations Unies : « La crise en Irak est une des plus graves crises au monde. Elle porte des dangers pour l’ensemble du monde ».  Il définissait également la voie pour sortir de la crise : « La restauration de l’autorité de l’Etat est indispensable ainsi que la résolution de la question des milices (...) La normalisation de la situation passe par une réconciliation nationale, le rejet de toute solution militaire et le respect de l’unité et de la souveraineté de l’Irak ». Voulant démontrer, le caractère différent de la l’approche française, il soulignait qu’à Bagdad, la représentation française se trouve en zone rouge et non en zone verte (partie de la Ville ultra sécurisée par les forces américaines) ; que la France allait bientôt étendre sa présence politique en Irak par l’ouverture à Erbil (Kurdistan) d’un nouveau bureau. Le cadre général étant dépeint, restait à aborder le fond du problème : l’université irakienne.
 
 
 
 
L’université irakienne, une situation critique qui n’a de cesse de se dégrader
 
Comme le rappelait, Mohamed Djelid, Directeur de l’UNESCO Amman – Irak, le problème de l’enseignement supérieur irakien « existait bien avant 2003 ». Les universités irakiennes ont du faire face « à des guerres successives » (contre l’Iran - guerre du Golfe de 1991 – guerre de 2003) et à l’embargo.  Or, « depuis 2003, la situation ne s’est pas améliorée ». Elle est même « triste à voir », car l’Irak est « un Etat complètement détruit, aux universités, aux laboratoires, et bibliothèques dévastés ».
Ce constat a été confirmé par de nombreux universitaires irakiens, comme Fawzia Al-Attia, professeur de sociologie à l’université de Bagdad pour qui « la guerre a détruit toutes les infrastructures de la société », entraînant « une Paupérisation généralisée » et n’épargnant pas l’université irakienne dont  « 6 000 bâtiments sont à réhabiliter ». Dressant un diagnostic cruel mais réaliste, Kamel Al-Kenani, Doyen de l’Institut de planification urbaine et rurale de Bagdad évoquait « une régression de l’enseignement supérieur irakien », « une stagnation du savoir des universitaires irakiens », « une limitation de la recherche scientifique et des expériences dans les laboratoires », « une rareté du matériel didactique », conjuguées à « une du nombre d’étudiants ». Aux causes préexistantes et évoquées ci-dessus, il en ajoutait une autre dont la qualification est précise et sans appel: « l’occupation américaine » ; terminologie reprises par plusieurs intervenants irakiens. Ce n’est donc pas un hasard, si le système universitaire irakien se caractérise par « une gouvernance affaiblie », selon les propos de Govand Sherwani, coordinateur des universités du Kurdistan et Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein du gouvernement régional du Kurdistan.
Mohamed Al-Assadi Doyen de l’université de Bassorah et de Mukadad Al-Jababari professeur en sciences de l’environnement à l’université de Bagdad soulignaient, pour leur part, avec force, « le caractère obsolète des équipements de recherche de leur établissement, acquis au début des années 70 ».
L’isolement de l’enseignement supérieur irakien s’est également traduit par la réduction à néant de son rayonnement international. Mukadad Al-Jababari constatait, ainsi, que le journal scientifique dans lequel il écrivait, disposait, dans les années 80, de 700 abonnés de part le monde. Or, aujourd’hui, il lui est impossible de produire un seul exemplaire de ce journal. Ce fait est à relier au manque criant de moyens financiers, malgré des augmentations importantes et successives du budget de l’enseignement supérieur qui feraient rêver bien des universitaires étrangers : 1,98% en 2005, 2,36% en 2006 et 8,64% en 2007. Mais ces accroissements consécutifs, ne doivent pas faire oublier, comme l’indiquait Abbas Al-Hashimi, Président de la commission irakienne pour les ordinateurs et l’informatique, qu’une seule université américaine de Californie dispose de recettes équivalentes à ce que dépense l’ensemble des pays arabes pour leurs universités. Ces dernières ne constituent pas une priorité. L’Irak ne déroge pas à cette règle. D’autant que « le budget du supérieur reste minime par rapport à ce qui a été alloué au secteur de la sécurité nationale » (Kamel Al-Kenani). Avec l’explosion de la violence, le secteur sécuritaire a financièrement de beaux jours devant lui.
 
 
 
 
Des universitaires et des étudiants irakiens, objets de violences multiformes et généralisées
 
Après avoir observé que « les universitaires irakiens sont exilés, assassinés, entravés », Gabriel Galice faisait appel à Spinoza « ne pas rire, ne pas pleurer, comprendre », tout en précisant qu’il est impossible parfois de ne pas pleurer[6] mais que nos émotions ne doivent pas guider notre réflexion.
Et pour comprendre, il faut s’attacher à l’analyse de la question de la sécurité qui constitue « une contrainte permanente » pour Mohamed Djelid, Directeur de l’UNESCO Amman – Irak. Il n’oubliait pas l’appel du Directeur général de l’UNESCO, en date du 14 avril 2006. Koichiro Matsuura avait alors dénoncé « une campagne haineuse de violence contre les universitaires et intellectuels irakiens ».[7] Aucune portion du territoire irakien n’échappe à la violence. Bruno Jochum, de Médecins Sans Frontière (MSF) Suisse, notait d’ailleurs que « des patients ont été violentés, voire tués au sein même dans des hôpitaux qui ne sont plus un sanctuaire inviolable ».
La violence est donc partout. Elle revêt différentes formes : pression sur les étudiantes et les enseignantes pour qu’elles adoptent certaines tenues vestimentaires, menaces, limitation de la liberté d’expression et de recherche, attaques contre des bâtiments universitaires et assassinats.
Fawzia Al-Attia, professeur de sociologie à l’université de Bagdad en témoignait : « La situation se dégrade en raison de la violence », « le conflit marginalise la place et le rôle des intellectuels ». Elle relatait, de plus, « une augmentation du taux d’absentéisme, notamment des étudiantes » et un « développement du port du voile ». Et elle comptabilisait « entre février 2006 et août 2006, 180 professeurs tués par des étudiants ». Govand Sherwani, coordinateur des universités du Kurdistan et Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein du gouvernement régional du Kurdistan allait dans le même sens en dénonçant les « menaces directe sur la vie et les attaques contre les centres universitaires », tandis que Mohamed Al-Assadi Doyen de l’université de Bassorah soulignait que « la violence s’exerce aussi sur les pensées ».
Kamel Al-Kenani, Doyen de l’Institut de planification urbaine et rurale de Bagdad percevait pour sa part, un processus dont l’objectif est « l’élimination des cadres scientifiques et surtout les  universitaires, par les attentats, l’enlèvement et les menaces ». Le corps professoral a ainsi payé un lourd tribut à Bagdad qui concentre 70% des victimes : université de Bagdad 185 morts, université de technologie de Bagdad 64 morts, université El Mustansiryia 57 morts. Les médecins et les ingénieurs ont été principalement visés et représentent respectivement 39% et 38% des tués. Les étudiants ont eux aussi été ciblés. A l’université de Bagdad, 216 ont perdu la vie, 77 à l’université de technologie de Bagdad et 29 à l’université El Mustansiryia. Selon Mukadad Al-Jababari professeur en sciences de l’environnement à l’université de Bagdad, seuls 26% des universitaires attaqués survivent à une attaque.
Ammar Azeez Ali Hassan, Vice-Ministre irakien de l’enseignement supérieur et de la recherche pouvait donc considérer qu’il « existe une corrélation évidente entre l’amélioration de la sécurité et l’amélioration de la situation de l’enseignement supérieur ».
Effet pervers, s’il en est, de la violence, les universitaires irakiens se trouvent contraints à un exil intérieur, voire à quitter le pays, pour ne pas perdre la vie…
 
 
 
 
Des universitaires contraints à l’exil interne ou à l’étranger pour éviter la mort
 
La violence généralisée en Irak est à l’origine de déplacements massifs de population. La sociologue bagdadi, Fawzia Al-Attia estimait que 2,5 millions d’irakiens ont fui à l’étranger (pour beaucoup en Jordanie et en Syrie) et qu’autant sont des exilés de l’intérieur. La situation est tel que l’Iraqi Federal Goverment (IFG, le gouvernement fédéral irakien) a du créer pour faire face, un ministère de l’immigration et des migrants. Cet exode a des conséquences humanitaires majeures. Selon MSF Suisse 18 000 médecins irakiens auraient quitté le pays, entraînant une dégradation sans précédent du système médical qui n’est plus à même aujourd’hui de fournir une simple aiguille de seringue.
L’enseignement supérieur irakien n’échappe pas à ce phénomène. L’économiste Kamel Al-Kenani constatait, à ce sujet, que plus de « 4000 universitaires depuis l’occupation américaine de l’Irak » ont fui à l’étranger. A Bagdad, 40% des enseignants de la Faculté des Lettres ont quitté l’Irak. A Bassorah, 72% des enseignants ont émigré et seuls 5,4% des étudiants qui partent étudier au Canada reviennent. Mais cet exil n’est pas doré. Mohamed Djelid , Directeur de l’UNESCO Amman – Irak observait que « les universitaires menacés sont obligés de quitter le pays » et qu’ils se retrouvent bien souvent « exilés et sans statut, sans droit à l’étranger ». D’autant que les visas constituent une denrée rare. Les discours de solidarité des pays frères arabes, des Etats européens et des Etats-Unis ne se matérialisent pas en autorisations de séjour. Ceux qui ne peuvent obtenir ces sésames se contentent de quitter Bagdad, pour rejoindre une région considérée comme plus calme, moins dangereuse.
Le Kurdistan est regardé comme tel. Govand Sherwani, coordinateur des universités du Kurdistan et Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein du gouvernement régional du Kurdistan indiquait que de ce point de vue « la 1ère moitié de l’année 2007 a été particulièrement difficile », avec une accélération de « cet exode qui prive l’enseignement supérieur de ses meilleurs éléments ». En effet, en 2007, 1830 universitaires irakiens ont rejoint le Kurdistan contre 1237 en 2006 (et l’année 2007 n’est pas terminée), soit sur deux ans : 3067 enseignants. Ce nombre est à comparer aux 3000 universitaires que compte cette région. Le phénomène s’étend aux étudiants. 4026 d’entre eux ont migré également vers le Nord de l’Irak, en général avec leur famille. Les universités kurdes ont du s’adapter, notamment sur le plan linguistique, en adoptant un système utilisant trois langues l’anglais, l’arabe et le kurde. Si « tout irakien menacé est le bienvenue au Kurdistan », « nous ne pouvons accepter 100% des demandes. Les ressources du Kurdistan Regional Gouvernement (KRG) sont limitées » affirmait Govand Sherwani. Le nombre de réfugiés est tel que les zones d’accueil (à l’étranger ou en Irak) sont désormais saturées, au-delà des questions liées à certains équilibres « entre populations ».
 
 
 
 
Une aide concrète, un dialogue inter-irakien
 
Le SEGUI a ouvert des perspectives d’actions à divers niveaux : international, européen et irakien.
Si le Ministère français des affaires étrangères a apporté son soutien financier au SEGUI, c’est qu’il constitue « une initiative positive qui vient en aide à l’enseignement supérieur et à la recherche », selon les mots de Christophe Guilhou, représentant permanent adjoint de la mission de la France auprès des Nations Unies . Le SEGUI est apparu comme une occasion également pour la France d’appeler au « retour en Irak de la Communauté Internationale, notamment des Nations Unies », ces dernières étant un élément clef « de la résolution de la crise irakienne ». Là où certains financent l’armement et l’entraînement de forces locales de sécurité, d’autres envisagent d’apporter leur aide au développement du savoir et de la connaissance. Les Européens sont perçus à travers ce prisme. Ammar Azeez Ali Hassan, Vice-Ministre irakien de l’enseignement supérieur et de la recherche en témoignait en se disant, à la vue « de la pauvreté de la coopération universitaire entre l’Irak et ses voisins », « compter beaucoup sur l’Union européenne ». Un représentant du bureau de l’ICESCO[8] au Maroc lui répondait que son organisation était prête à examiner toute demande de financement de programme irakien de recherche.
A Mohamed Djelid  qui leur assénait un direct « nous ne savons pas comment vous aider », les universitaires irakiens précisaient leurs besoins : échanges universitaires internationaux, bourses doctorales, aide à l’obtention de visas, venues de professeurs étrangers en Irak, supports pédagogiques, autonomie des universités face à un tutelle centrale omnipotente. Des propositions concrètes étaient présentées par les experts et les universitaires occidentaux présents : création de bibliothèques virtuelles, sessions de formation intensive, structuration des universitaires irakiens en associations par champ disciplinaire, participation à des programmes internationaux comme le « Synchrotron-Light for Experimental Science and Applications in the Middle East » (SESAME)[9].
Mais l’apport principal du SEGUI n’est peut-être pas dans ces éléments terre à terre. Il est souvent dit que « le diable se cache dans les détails ». Le SEGUI fût un lieu et un moment hautement symboliques à rebours de la violence confessionnelle et sectaire qui se déchaîne actuellement en Irak. En effet, il a abrité et fait dialoguer des irakiens qui se sont considérés comme tel avant toute autre forme identitaire : arabe, kurde, turcoman, ou chiite, sunnite, juif, chrétien, ou irakiens du nord, du centre, du sud. Irakiens. Ils ont fait preuve d’acceptation de leur diversité. Universitaires, ils se sont également inscrits dans une dimension universelle rappelant que l’université constitue dans une société donnée « l’ensemble des moyens dont disposent des hommes pour prendre en charge leur propre évolution »[10],  « un foyer de progrès général pour la société »[11] et « sert d’agent à la fusion d’activités progressives de tous genres en un instrument de progrès »[12].
 
Karim Lakjaa
Membre fondateur du RISIPRI
Rapporteur du groupe interdisciplinaire Sciences Humaines et Sociales du SEGUI
 
 


« Menace terroriste sur le Palais des Nations », le Matin, 27.11.2007, Genève, page 4 et en une.

[1]

« Universitaires irakiens de passage à Genève » et « Les étudiants irakiens n’ont plus les moyens de travailler », Caroline Stevan, Le Temps, Genève, 27.11.2007.

[2]

Le GIPRI a reçu en 1988 des Nations Unies le titre de la Messager de la Paix. Organisation Non Gouvernementale (ONG), il bénéficie du statut consultatif spécial auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies (ECOSOC). Il apparaît comme un institut de recherche développant des missions de  « bons offices ». [www.gipri.ch].

[3]

« Solidarité avec les universitaires d’Irak », L’humanité, 26 juin 2006. [www.gipri.ch/risipri].

[4]

Selon la définition d’Emile Ricard, rapporteur du GD5, « le genre est l’étude des rapports sociaux entre hommes et femmes ».

[5]

Les participants au SEGUI marqueront une minute de silence en hommage à toutes les victimes de la violence en Irak et en 1er lieu en mémoire aux Universitaires irakiens.

[6]

UNESCO Director General appeals for solidarity with Iraqi academics, Press Release n° 2006-31, 14 avril 2006. Dans son appel, Koïchiro Matsuura avait indiqué que 180 Universitaires avaient été tués entre 2003 et 2006 et que des milliers avaient été contraints à l’exil.

[7]

L’ICESCO est la branche « islamique » de l’UNESCO, à l’image de ce que le croissant rouge est à la croix rouge.

[8]

Le SESAME est articulé autour d’un synchrotron : un accélérateur de particules. Sont membres du SESAME : Bahreïn, l’Égypte, les Émirats Arabes Unis, la Grèce, l’Iran, Israël, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, le Pakistan, le Sultanat d'Oman, la Turquie et l’Autorité Palestinienne. L'Arménie, le Brésil, Chypre, la Libye, le Soudan y participent en qualité d'observateurs, au même titre que l'Allemagne, la Fédération Russe, les États-Unis, la France, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni.  L’ambition suprême de SESAME est d’esquisser un rapprochement scientifique au Moyen - Orient à travers les collaborations entre chercheurs des pays impliqués, conduisant à terme à un consensus politique permettant le règlement du conflit israélo-arabe.

[9]

« Pour l’université », Chombart de Lauwe, 1968, page 44.

[10]

Whitehead.

[11]

« Eléments de réflexion sur l’université sa vocation et ses fonctions », Ghalamallah, URASC, 1993, Oran.

[12]