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"Il ne s'agit pas tant de faire lire le lecteur que de le faire penser", Montesquieu

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Bagdad Mai 2002

2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 18:29
Conversation avec Henri Lefebvre

Patricia Latour et Francis Combes; Ultime conversation avec le philosophe, avant sa mort, en juin 1991. Il aborde l’histoire du socialisme, le marxisme, le surréalisme, les situationistes, la ville, l’utopie. Collection Libres propos

karim.farouk.lakjaa - dans Marxisme Philosophie Ma bibliothèque Livre
2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 18:54
Montesquieu,  Lettres persanes bibliotheque de cluny

Montesquieu 1721,  Lettres persanes bibliothèque de Cluny, 1961

Usbek, un grand seigneur persan intelligent et désabusé, accompagné de son jeune ami Rica, plus malléable et enthousiaste, vient à Paris afin de découvrir les secrets et l'art de vivre du monde occidental. Les moeurs, les caractères, les types sociaux, le décor et la vie - tout les surprend et les pousse au parallèle avec leur propre monde. Puis, une fois surmonté le premier désarroi, cette société nouvelle révèle peu à peu ses fondements et ses lois, mais également ses drames.

L'étranger d'abord étonné devient observateur politique, philosophe et quasi-sociologue avant l'heure : « Comment peut-on être persan ? » Si dès leur parution en 1721, les Lettres persanes rencontrent un considérable succès, c'est qu'au-delà du roman par lettres ce livre étrange et neuf est une chronique politique en même temps qu'un journal de voyage. C'est aussi un essai de morale, mais convenons qu'en Montesquieu le moraliste est gai, et que le ton de ses lettres est volontiers narquois. Voltaire, ainsi, a pu juger que, dans cet « ouvrage de plaisanterie », « plein de traits annoncent un esprit plus solide que son livre ».

En réalité, le livre est aussi solide que l'esprit car la leçon du roman est que l'impertinence est libératrice : l'écrivain accepte le monde où il vit, mais refuse d'en être la dupe.
 

3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 12:45
Épistémologie et marxisme

10 auteurs reviennent sur les conditions de production du savoir scientifique (épistémologie) et sur la tentative de mettre en œuvre une épistémologie marxiste.

 

Titre(s) : Épistémologie et marxisme [Texte imprimé] / [par Jacques Monod, Maurice Caveing, Francis Halbwachs, Jacques Roger, etc.]

Publication : Paris : Union générale d'éditions, 1972
Description matérielle : 319 p. : couv. ill. ; 18 cm
Collection : 10-18 ; 666
Lien à la collection : 10-18
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 18:54
Pour en finir avec le wall street management

Par Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger

Les deux auteurs, secrétaires généraux de l'Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT (UGICT-CGT) démontrent les impacts destructeurs des modes de management qui ont prévalu durant les deux dernières décennies. Face à des stratégies financières qui leur sont de plus en plus étrangères et qui créent en priorité des richesses pour les détenteurs de capitaux, de nombreux cadres expriment une authentique défiance et recherchent une autre finalité à  leur travail.

Cadres et salariés sont de plus en plus écartelés entre ce qu'ils font au quotidien et ce qu'ils souhaiteraient réaliser en accord avec leur éthique professionnelle. La tyrannie de l'évaluation permanente, le culte du rendement et le retour de techniques qui valorisent le « savoir-être » ou « l'autonomie » pour mieux les instrumentaliser conduisent aux gâchis humains et sociaux de ces dernières années (stress, malaise permanent et suicides au travail  par exemple).

Les auteurs proposent des pistes originales pour construire un management alternatif. Ce management d'anticipation et non de gestion des conséquences implique d'assigner à l'entreprise une nouvelle  finalité institutionnelle. L'invention de nouveaux critères d'efficacité économique et sociale et la mise en place de véritables droits d'intervention pour les salariés devraient contribuer à rééquilibrer les pouvoirs dans l'entreprise et à redonner enfin du sens au travail. Cette dynamique de partage de l'information et de codécision pourrait permettre de remobiliser les cadres même si elle implique d'abord l'ensemble des  salariés.

Pour en finir avec le Wall Street Management, Par Marie-José Kotlicki et Jean-François Bolzinger
Les Editions de l’Atelier/ Editions Ouvrières, 2009, 175 p., 15 €
 
Toutes les livres dont une notice est publié sur ce site figurent dans ma bibliothèque.
karim.farouk.lakjaa - dans Livre
3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 11:30
La compatibilité des sanctions économiques du Conseil de sécurité avec les droits de l'homme international humanitaire

115 €

Farideh Shaygan

  • Editeur : Bruylant
  • ISBN : 978-2-8027-2575-6
  • 712 pages - Parution : 11/2008

Le recours accru de l'ONU aux sanctions économiques, depuis la fin de la guerre froide, a révélé, entre autres carences du système de sécurité collective, la problématique de leurs effets désastreux sur la population civile de l'État cible pour laquelle la Charte n'a rien prévu. Les Nations Unies ont été confrontées aux valeurs et fins communes consacrées par la Charte.

Le présent ouvrage se propose de démontrer que le respect des règles et principes pertinents des droits de l'homme et du droit international humanitaire est la clef de l'humanisation des sanctions et de la conciliation des activités du volet sécuritaire de l'ONU avec celles de son volet développement humain. Il montre également que la crédibilité du Conseil de sécurité dépend désormais de ce qu'il intègre une dimension humaine dans sa mission en tant qu'élément constitutif de l'ordre public international.


Cette étude met en évidence l'inefficacité du mécanisme des dérogations humanitaires qui n'est pas un instrument préventif, mais doit constituer un remède aux souffrances provoquées. Elle permet de mieux comprendre comment et pourquoi le Conseil de sécurité a tendance à rechercher une solution en amont pour l'ensemble des problèmes liés aux sanctions. Il s'agit de la politique dite des sanctions ciblées ou « intelligentes » dont les avantages et les défauts sont également analysés en profondeur. L'exploration ne se termine pas là, elle examine ensuite les moyens juridiques et autres pour assurer, dans une certaine mesure, la légalité des sanctions dès le stade de leur conception.

Il s'agit d'une recherche et d'un bilan, à la fois scientifiques et si possible exhaustifs, basés sur le droit de la Charte, le droit international général, le droit des droits de l'homme et le droit humanitaire, ainsi que sur les documents et la pratique de l'ONU en la matière, sur la jurisprudence et la doctrine. L'ouvrage contient en annexe un tableau des sanctions imposées par les Nations Unies.

Le CREDHO (Centre de recherches et d'études sur les droits de l'Homme et le droit humanitaire) a été créé par Paul TAVERNIER à la Faculté de droit de l'Université de Rouen en 1990 et en 1995 à la Faculté Jean Monnet à Sceaux (Université Paris-Sud - Paris XI). Il organise de nombreux colloques et ses travaux, ainsi que ceux de ses membres, font l'objet de publications.

Farideh SHAYGAN est docteur en Droit de l'Université Paris-Sud (Paris XI). Elle a étudié le droit international à Téhéran, Montpellier et Paris. Elle a exercé la profession d'avocat. Elle enseigne actuellement le droit international et le droit humanitaire dans plusieurs Universités à Téhéran. Elle participe à des projets de recherche soutenus par les Nations Unies et elle a publié des articles en langue persane

3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 10:59

La Conception matérialiste de la question juive est un ouvrage d'Abraham Léon.

C'est un ensemble de notes écrites entre 1940 et 1944.

C'est une analyse marxiste de l'histoire du judaïsme et du sionisme. Il fait un lien entre la situation socio-économique des Juifs au long de leur histoire, et une critique vigoureuse du sionisme.

Il a une approche matérialiste du fait religieux, et refuse de considérer le judaïsme comme autre chose que l'expression de la position économique des Juifs dans le système de production précapitaliste puis capitaliste.

Son analyse historique des persécutions antisémites et du sionisme, fait encore autorité auprès des marxistes.

Abraham Léon émigre rapidement vers la Belgique. D'abord militant de l'organisation sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr, il devient le dirigeant de la branche belge de ce mouvement. Il rompt avec celle-ci en raison de son soutien aux procès de Moscou et devient trotskiste au début de la Seconde Guerre mondiale.

Avec Ernest Mandel, Abraham Léon est l'un des principaux cadres qui reconstruisent alors la section belge de la Quatrième Internationale, décapitée par l'arrestation de son principal  diriegant. Il est ensuite l'un des principaux protagonistes de la remise en place du Secrétariat européen trotskiste. Abraham Léon est notamment le rédacteur des thèses intitulées Les tâches de la IVe Internationale en Europe.

En juin 1944, Léon est arrêté par la Feldgendarmerie à Charleroi. Tombé malade, il ne reviendra pas d'Auschwitz.

Nous présentons ici le livre publié par les éditions Etudes et documentations internationales (EDI) marxistes, préfacée par le Maxime Rodinson chercheur marxiste spécialiste du monde arabe. Cette édition est complétée par des textes d'Isaac Deutscher et Léon Trotsky.

Nous devons souligner que des officines d'extrême droite se sont emparées de cet ouvrage pour faire de l'argent. Le livre est téléchargeable ci-dessous en pdf.

Abraham Léon

Abraham Léon

Le livre en PDF

3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 12:25
La technologie militaire en question. Le cas américain

Joseph Henrotin, La technologie militaire en question. Le cas américain, Coll. "Stratégie et doctrines", Economica, Paris, 2008.

Ouvrage repris dans la sélection du prix "La plume et l'épée 2009"


"Le dernier livre de Joseph Henrotin est important car il examine scrupuleusement un « moment » de la pensée stratégique américaine, pour la première fois richement et savamment présentée en français (...)"
François Duran, blog Réflexion stratégique

"Clair et exhaustif, l'ouvrage est aussi un avertissement aux tenants du "tout technologique", invitant à renouer avec la culture technologique européenne (...) Un ouvrage, dès lors, essentiel"
Défense & Sécurité Internationale

"il apporte à la fois un savoir encyclopédique mais aussi généalogique de quasiment toutes les notions stratégiques contemporaines (...) il est aussi réflexion stratégique sur l’idéologie de la technologie. Là se tient le propos fondamental de l’auteur (...) Un ouvrage salubre, exigeant mais nécessaire. Urgent, donc"
Olivier Kempf, blog EGEA


*
* *


Si il existe, depuis l’aube de l’humanité, une technologie militaire, cette dernière n’est plus uniquement, de nos jours, un outil au service des combattants. Mal gérée, elle peut aussi imposer des contraintes directes à la tactique, à la stratégie comme à la politique. Plutôt que d’augmenter la liberté des décideurs, elle pourrait la réduire. Elle peut même brouiller notre vision de l’adversaire comme du combat et ne faire voire d’eux que ce que l’on voudrait bien en voir : des capacités évacuant, paradoxalement, la stratégie de l’art de la guerre.

En ce sens, la technologie peut devenir une idéologie en soi, qualifiée ici de "technologisation". On le devine, une telle évolution est néfaste. En examinant le cas américain – variablement imité en Europe – l’auteur analyse ici les travers comme les origines d’une conception où la technologie serait trop prégnante dans les débats comme dans l’action stratégique. Mais il ouvre également la voie à des solutions et en appelle, en particulier, à un retour aux élémentaires de la stratégie.

 

Commander l'ouvrage

 

Introduction

 

1) Deux visions stratégiques de la technologie

2) Vers la technologisation ?

3) Plan de l’ouvrage

 

Chapitre 1 : La RMA, la Transformation et la guerre de l’information

 

1) De la RMA à la Transformation

1.1. Le rôle des soviétiques et Desert Storm

1.2. Des écoles de la RMA au choix de l’une d’entre elles pour pousser la Transformation

 

2) Les filiations de la guerre de l’information

2.1. Approcher la guerre de l’information

2.2. De l’enseignement à la doctrine

 

3) Partager l’information : la guerre réseaucentrée

 

3.1. Les facteurs techniques de la guerre réseaucentrée

3.2. Les rationalités de la NCW : contrôle du cycle décisionnel et autorégulation

3.3. Des rationalités cachées ? Diffusion et anamorphose globalisante de la NCW

3.4. Métaphores et agir réticulaire

 

Chapitre 2 : Détecter, suivre, traiter : les logiques de la Transformation

 

1) La généralisation du modèle hunter/killer

 

2) La tension vers l’automatisation des conflits

 

3) De l’automatisation à la technologisation de l’humain ?

3.1. Améliorer l’efficacité du combattant

3.2. Les évolutions futures

 

4) De la guerre réelle à la guerre idéale

4.1. Les guerres du cyberespace

4.2. SIW, effets CNN, influence operations, PSYOPS et psychotechnologie

 

Chapitre 3 : Les méta-expressions matérielles de la RMA

 

1) De quelques remarques sur les PGM et la furtivité

1.1. La relativité de la portée révolutionnaire des PGM

1.2. Armes de précision et imaginaires technologiques des guerres

1.3. Processus de légitimation et de délégitimation des armes de précision

 

2) Imaginaires technologiques et technologisation

2.1. Transformation et adaptation

2.2. « Tricheurs » et combattants asymétriques

 

Chapitre 4 : Les méta-expressions doctrinales de la RMA

 

1) Domination, Control et spectrum of conflicts : l’inscription de la technologie dans l’espace et dans la politique

1.1. Le formatage technique de la caractérisation des conflits

1.2. Régimes militaires et options offertes par la Transformation

 

2) Le tempo : la chronostratégie comme caractère de la RMA

2.1. John Boyd, la boucle OODA et la cinématique générale des opérations

2.2. Son opposition à la cinématique différenciée des opérations

2.3. Cinématique génétique et recherche de la mobilité

2.4. Prévention et préemption : le résultat politique d’un temps technologisé ?

2.5. La redécouverte de la décapitation

 

Chapitre 5 : La Transformation et ses impacts sur la stratégie classique

 

1) La RMA et la Transformation comme l’expression d’une rupture stratégique

1.1. Une rupture en regard du niveau politique ?

1.2. Une rupture en regard du classicisme stratégique américain ?

 

2) La Transformation et les notions classiques de la stratégie

2.1. La RMA dans son rapport à la défensive et à l’offensive

2.2. La RMA et les principes de la guerre

2.3. L’esthétique de la RMA : cumulativité et séquentialité ; parallélisme et fluidité ; chaos et complexité

2.4. Plans et modes de conduite : anéantissement/usure et destruction/interdiction

 

Chapitre 6 : La RMA, la technologisation et ses impacts sur la stratégie US

 

1) Les conséquences sur la stratégie américaine

1.1. Les conséquences financières de la Transformation

1.2. De la stratégie génétique des matériels transformationnels

1.3. Quelques réflexions sur la reproduction de la stratégie américaine

1.4. La conception de la stratégie

a. Technologie et prise de décision stratégique : la course au dépassement des contraintes

b. Vers un estompement des normes stratégiques ?

c. La technologie comme vecteur des alliances et coalitions

 

2) De l’estompement des normes à leur régénérescence ?

2.1. « Nouvelles menaces » et modification physique de l’environnement

2.2. Le (faux) retour de la dissuasion

2.3. Le dépassement des contraintes physiques

2.4. RMA, transformation et technologies-clés

 

Chapitre 7 : La Transformation de l’US Army

 

1) Le pamphlet 525-5 Force XXI : une vision de la stratégie génétique de l’US

Army

 

2) Les Rapid Decisive Operations

 

3) Les opérations de basse intensité

3.1. De Restore Hope à Iraqi Freedom

3.2. Un « après 2007 » ?

 

4) Le combat urbain

 

5) Les équipements en question

 

6) Le nouveau FM 3-0 : vers une sortie de la technologisation ?

 

Chapitre 8 : La Transformation de l’US Air Force

 

1) Perception et structuration de la puissance aérienne US

 

2) Warden et la planification des opérations stratégiques

 

3) Shock and Awe

 

4) Les Effects-Based Operations

4.1. Les principes des EBO

4.2. EBO et combat aerurbain

4.3. Une stratégie des moyens fondamentalement inchangée

 

5) Les opérations spatiales

 

Chapitre 9 : La Transformation de l’US Navy

 

1) De From the Sea à Sea Power 21

1.1. Sea Strike

1.2. Sea Shield

1.3. Sea Basing

1.4. Un concept critiqué

 

2) Vers une sortie de la Transformation ?

2.1. Les opérations littorales et antimissiles

2.2. De nouvelles interrogations

 

Chapitre 10 : La Transformation de l’US Marine Corps

 

1) Les Marines et la RMA

1.1. Un processus de technicisation équilibré ?

1.2. Des réminiscences technologisantes ?

 

2) Les Marines et les opérations COIN

2.1. De la COIN aux guerre hybrides

2.2. Les risques induits par le retour du guerrier

 

Chapitre 11 : La Transformation et ses conséquences politiques

 

1) La RMA et la géopolitique

1.1. La RMA à la charnière de l’interne et de l’externe

1.2. Une géopolitique technologisée ?

a. Une caractérisation technocentrée des adversaires potentiels ?

b. Les futurs des conceptions géopolitiques américaines

 

2) La RMA et les équilibres de puissance : une nouvelle course aux armements?

 

Conclusion

 

1) La Transformation face aux réalités conflictuelles

 

2) La technologisation comme parasite doctrinal

2.1. Une focalisation sur la victoire décisive

2.2. La réalité tactique

2.3. Un phénomène politique

 

Bibliographie raisonnée

Quelle peut bien être l’empreinte de la technologie dans la stratégie militaire contemporaine ? Telle est l’interrogation déclinée magistralement par un auteur fin connaisseur à la fois du monde militaire, des atouts et des contraintes de la technologie ainsi que de la complexité des doctrines opératoires. C’est la conjugaison « guerre et technologie » qui sert ici de base à une analyse des rapports complexes entre le matériel et la pensée, entre l’homme et la machine dans le champ du militaire. Joseph Henrotin nous fait voyager dans la complexité de la transformation, de la révolution des affaires militaires (ram) aux réseaux centriques, de l’informatique au Quadriennal Defense Review, de la digitalisation du champ de bataille aux opérations autres que la guerre, des nanotechnologies au swarming, de la boucle ooda au « système des systèmes ». L’auteur a cette faculté de montrer combien la technologie ne peut être l’unique réponse aux enjeux militaires et stratégiques et qu’il faut dissocier victoire militaire et victoire politique ; les exemples irakiens et du Kosovo étant des plus éclairants à cet égard. Le piège est là. La techno-guérilla, la guerre asymétrique, le leurrage, le terrorisme, les hackers, la guerre informationnelle et la propagande sont quelques-unes des réponses à la supériorité technologique occidentale focalisée sur le niveau tactique, en oubliant la recherche de la victoire politique.

En confondant l’outil et la finalité, on en oublie « le brouillard de la guerre », cherchant « la quête sans fin de la certitude » (Van Creveld), alors que l’adversaire en face n’est pas qu’une liste de capacités militaires. La technologie tend au final à déresponsabiliser et à déconnecter du réel. La complexité provient assurément d’autres variables puissantes que sont le diplomate, le mental, l’humain, la conduite de l’action, le risque.

L’ouvrage aborde spécifiquement et pour l’essentiel le cas américain, qui concentre une littérature énorme autant que des études de cas sur les opérations militaires faisant jouer la course technologique. Reste que des balises ont été posées, puisque l’auteur se refuse à jouer de « l’antitechnologique ». Il s’agirait plutôt de tenir compte des enseignements et de considérer que la technicisation doit être un moyen au service de l’action politique, « l’arme » n’étant qu’une « prothèse du combattant qui lui donne sens » (Poirier). Cet avertissement, visant à ne pas surestimer les effets de la technologie, va être constamment le fil rouge du livre, en tirant les leçons de l’évolution technologique. Aux États-Unis, la thématique de la supériorité technologique est devenue une composante en soi de la culture stratégique. Cette spécificité est à la fois une des sources du nationalisme américain, un marqueur de l’analyse mathématique des systèmes et un élément évolutif vers la robotisation et l’automatisation. L’homme devient ici partie intégrante du système d’armes en oubliant les facteurs politico-stratégiques globaux. La relation naturelle homme/machine est pervertie en partie par l’hypertrophie de la technologie avec le risque que le matériel prenne le pas sur l’idéel dans les débats doctrinaux : en d’autres mots, la technologie pour la technologie ou la technologie en train de « devenir la stratégie ». La lecture serait alors celle où tout événement serait analysé, considéré et traité sous le prisme technologique. Et c’est ici que le déterminisme analysé par l’auteur pose la bonne question, des plus utiles pour les Européens et les Canadiens souvent enclins à « imiter », avec effet retard, l’allié américain.

Le tout au technologique n’aboutit-il pas à nier les enseignements de l’histoire ou le risque d’être instrumentalisé, à accorder une confiance excessive aux capacités opérationnelles, allant jusqu’à oublier la nature de la guerre ? Il s’agira donc de replacer l’homme sur le plan politique comme curseur fondamental et légitime.

Au fil de plusieurs chapitres, la méthode consistera à aborder de manière précise les fondements de la ram, puis l’émergence du concept de guerre de l’information, avant d’analyser l’appareil stratégique américain dans le domaine doctrinal et matériel. Ensuite, il sera question de présenter les débats sur les armes guidées de précision vues comme un des principaux marqueurs technologiques. On examinera des notions transversales comme la domination, le contrôle, le spectre des conflits, le tempo, la préemption. Deux chapitres seront successivement axés sur l’impact de la transformation sur les concepts stratégiques classiques et sur la « grande stratégie » américaine, y compris son impact financier. Les autres chapitres seront consacrés à l’analyse de la mise en oeuvre de la transformation au sein de chaque arme et de chaque service américains (us Army, usaf, usn, usmc, Coast Guards, Homeland Security). Nous retiendrons particulièrement les chapitres sur les méta-expressions matérielles et doctrinales de la ram où les débats internes aux États-Unis furent très révélateurs autour des processus de légitimation, des questions de chronostratégie, de préemption et de décapitation.

Enfin, seront abordés en dernier lieu les effets de la transformation et de la « grande stratégie » sur les représentations géopolitiques américaines.

En regrettant l’absence d’un chapitre à part entière sur la dimension nucléaire – qui se retrouve ici néanmoins enchâssée dans plusieurs chapitres différents – l’ouvrage est une référence dans la langue de Molière. Les matières brassées et la structure de l’ouvrage en font un livre incontournable sur la technologie américaine que l’auteur a maîtrisée en consultant par ailleurs bien des sources anglo-saxonnes. Si sa lecture demande une certaine maîtrise du vocabulaire spécifique, le cheminement reste aisé et le message des plus clairs. Il s’adresse à tout universitaire, diplomate, stratégiste et militaire qui veut aborder de matière critique la complexité de la conduite des opérations et des enjeux technologiques dans le champ du militaire.

4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 20:29
Les conditions de l'esprit scientifique, Jean Fourastié

 

256 pages, sous couverture illustrée, 108 x 178 mm

Collection Idées (n° 96), Gallimard Parution : 11-02-1966

Genre : Études et monographies Thème : philosophie, morale /sciences en général Catégorie > Sous-catégories : Connaissance > Philosophie, sciences cognitives - Sciences en général
Époque : XXe siècle
ISBN : 2070350967 - Gencode : 9782070350964 - Code distributeur : A35096

Texte à télécharger ci-dessous

 

Les conditions de l'esprit scientifique, Jean Fourastié

3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 13:01
Lutte des classes et mondialisation : le XXe siècle s'achève

S'appuyant sur une masse considérable de faits et de documents accessibles à tous, confrontant ces matériaux aux ouvrages fondamentaux de la théorie marxiste, Daniel Gluckstein se propose de prouver que ce qu'on appelle "mondialisation" n'est que l'expression de la lutte des classes en régime capitaliste : lutte de la classe capitaliste pour abaisser constamment la valeur de la force de travail (le "coût du travail", comme il est convenu de dire aujourd'hui) ; lutte de la classe ouvrière pour se préserver, comme classe, de cette politique de destruction. Il ne s'agit ni d'un livre "sur l'économie", ni d'une thèse académique, mais d'une contribution théorique et politique au combat pour l'émancipation ouvrière.

Une contribution, donc, à l'organisation ouvrière indépendante qui est la condition de l'émancipation. Comme il le dit lui-même, cet ouvrage n'engage que son auteur. Il s'inscrit cependant dans une continuité : celle du courant marxiste dans le mouvement ouvrier, courant marxiste dont la IVe Internationale incarne aujourd'hui la permanence. Place à la discussion !

3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 12:13
Irak, les armées du Chaos, Michel Goya

Contrastant avec l'abondante littérature parue au moment de la chute de Bagdad en avril 2003 et célébrant la guerre éclair à l'américaine, les opérations de guérilla et de contre guérilla qui ont suivi n'ont jamais vraiment fait l'objet d'un travail de vulgarisation.

Cette lacune témoigne de l'embarras des experts face à ce qui apparaît aujourd'hui comme une sévère remise en question de la puissance militaire occidentale et de ses moyens d'actions classiques.

« Irak : les armées du chaos » du lieutenant-colonel Goya, de l'Etat-major des armées, comble cette carence en offrant pour la première fois au grand public une analyse tactique écrite par un analyste militaire des conflits au Moyen Orient.

Il décrit en détail les différentes facettes de ce conflit complexe depuis les premières attaques dans « le triangle sunnite » au printemps 2003 jusqu'au « sursaut » américain de 2007 et son succès relatif.

« Il est urgent de comprendre ce qui se passe en Irak avant de voir surgir, pour paraphraser Che Guevara, un, deux, trois Irak » lieutenant-colonel Goya.